En matière de relations humaines, les technologies numériques offrent des outils pratiques, qui peuvent cependant être source de dérives. Le magazine belge “Le Vif” s’interroge sur ce qui pousse certains couples à partager leurs mots de passe, voire leur localisation.
C’est un matin de mai. Claire se réveille, ouvre son téléphone et vérifie ses notifications. Quelques messages par-ci, par-là. On attend 16 °C à 18 °C avec un ciel brumeux. Ne pas oublier de marcher dix mille pas. Une newsletter qu’elle n’a pas le temps de lire. Rien de spécial. Plus tard dans la journée, elle se souvient d’une question qu’elle devait poser à un ami, un homme. Elle ouvre Instagram, glisse son doigt en haut à droite de l’écran pour ouvrir ses messages. “Et là, plus rien. La conversation a disparu.” Claire pense d’abord à un bug, rafraîchit l’écran, rallume son portable. Constatant la persistance de cette disparition, elle envoie un nouveau message à son ami. Et comprend rapidement.
Quelques mois plus tôt, au début de son couple, son partenaire avait insisté pour s’échanger leurs codes de téléphone. “Une garantie, raconte-t-elle, parce qu’il avait été trompé par sa précédente copine et voulait créer une transparence”. Claire avait cédé, se rassurant par l’idée d’échange mutuel. “On avait aussi activé nos localisations pour se les partager.” Au cas où quelque chose arriverait. Vite, elle commence à recevoir d’étranges messages venant de son partenaire. Des “où tu vas ?” ou “pourquoi tu n’es pas à la maison ?”
Pourquoi les couples partagent leur position
Il existe des situations où l’échange d’une information aussi intime que la géolocalisation s’avère utile. Souvent hors du couple. “Quand je vais à un date, je partage ma position sur WhatsApp avec ma colocataire. Pour des raisons de sécurité. Comme ça, elle sait où je suis s’il arrive quelque chose”, détaille Marta. Ici, surveiller rime avec protéger. De son côté, Simon invoque un argument de commodité : “Pour moi, c’est surtout lorsque je rejoins mes amis dans une foule ou un parc. Au lieu de s’appeler, on active le partage de localisation.”
Mais la frontière entre l’utilisation normale d’un outil numérique et sa pratique abusive est fine. Pour Florian, l’impulsion est venue de ses parents. “À un repas de famille, ils m’ont expliqué qu’ils partageaient leur localisation en continu, grâce à une application que je ne connaissais pas.” Ça les aide à prévoir le moment de mettre la table quand l’autre rentre du travail. Ils évoquent aussi un élément de prévention, un “on ne sait jamais ce qu’il peut arriver”. Sa sœur accepte de jouer le jeu, mais pas Florian.
Je trouvais ça dérangeant. Je n’ai pas envie qu’on sache où je suis le samedi à 3 heures du matin.
Selon lui, ce partage renforce l’anxiété de sa famille.