Invasion ! C’est bien le mot qui est employé, en français, par la plupart des commentateurs, pour qualifier ce dernier épisode très inquiétant de la crise ukrainienne. Mais attention, ce mot n’est pas prononcé par tout le monde. On note par exemple que les autorités se sont gardées de l’employer. Quant au pouvoir russe, il parle d’opération militaire, ce qui est évidemment beaucoup moins agressif.
Attention, les mots n’ont pas le même sens dans toutes les langues. Bien sûr, le terme évité par les Russes n’est pas exactement invasion. Mais comme on dit familièrement, on se comprend : il y a des termes équivalents dans les langues auxquelles on fait allusion.
Et on voit bien que le terme invasion est fort. Il dérive bien sûr du latin et plus précisément du verbe invadere. Qui lui-même est construit à l’aide de la préposition in et de vadere qui signifie aller, et notamment marcher contre, aller au contact de l’ennemi. Le mot est guerrier dès son origine ! Le préfixe in n’est pas là pour l’intensifier, mais pour indiquer sa direction : on entre. Et on entre de force.
En effet, ce mot d’invasion porte deux significations principales : il s’agit d’une agression, a priori militaire. Et on insiste sur le caractère massif de cette intrusion forcée. On a donc l’idée qu’une résistance est impossible face à une force incomparablement supérieure.
Le mot envahissement existe également, beaucoup plus rare. Y a-t-il une différence de sens ? Ce dernier est moins marqué par un caractère militaire.
Mais toute invasion est-elle militaire ? Non ! Le mot est si courant qu’il a de nombreux emplois figurés. Et notamment psychologique : on est facilement envahi par un sentiment, si cet affect s’impose fortement, et indépendamment d’une volonté particulière. Est-il toujours péjoratif ? Souvent : on est envahi de tristesse à l’annonce d’un événement sombre. On peut aussi être envahi de colère. Mais il n’est pas rare qu’on soit envahi de joie. La soudaineté, la surprise sont les mêmes bien que les sentiments soient opposés.
Enfin le mot a eu un sens médical précis bien qu’il nous soit beaucoup moins familier aujourd’hui : l’invasion, comme l’envahissement d’ailleurs, est cette période qui se situe entre l’apparition des premiers symptômes et le moment où la maladie est dans sa période la plus aigüe.
Quant à l’adjectif invasif, il tend à se répandre en ce moment. Jadis, il était plutôt rare, et réservé au langage médical : on parle d’un cancer invasif, qui se répand dans l’organisme, et produit des métastases. Autre sens : toujours médical, une investigation, une analyse sont invasives si elles risquent d’avoir des répercussions sur le fonctionnement de l’organisme. Mais cet adjectif devient assez à la mode et peut s’employer à propos des invasions que nous qualifiions de psychologiques : des pensées, des inquiétudes invasives.